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Nouvelles
technologies et arts de
la mémoire Depuis
au moins 2 500 ans
existe dans la
civilisation occidentale
un art de la
mémoire
artificielle,
basé sur la mise
en scène d'images
actives dans des lieux,
imaginaires ou
inspirés
d'architectures
préexistantes.
Cet art, lié
à la
rhétorique, et
qui touche à des
points fondamentaux de
nos
représentations
du monde, a connu des
hauts et des bas, des
éclipses qui ont
parfois duré
plusieurs
siècles. Il
semble bien que,
après une
période de
retrait,
commencée au
XVIIe siècle,
nous soyons maintenant
dans une période
de retour, sous la forme
de ce qu'il est convenu
d'appeler la "
révolution " du "
multimédia ", ou
des " nouvelles
technologies de
l'information et de la
communication ".
Brièvement et
grossièrement dit
: les anciens stockaient
leurs connaissances et
manipulaient leur
imaginaire par le biais
d'" imagines agentes "
dans des architectures
mentales ; nous stockons
et manipulons les
nôtres par le
biais d'icônes
dynamiques dans des
architectures
informatiques. Le jeu
consiste à
préciser les
ressemblances et les
différences.
L'art de la
mémoire a d'abord
été un art
individuel,
réservé
aux orateurs et aux
rhéteurs, il fut
ensuite un auxiliaire
précieux du
christianisme
médiéval,
il donna aux Italiens de
la Renaissance
l'occasion de
constructions
échevelées
et contribua à
envoyer Giordano Bruno
au bûcher. De nos
jours, le cyberespace,
après
l'audiovisuel
traditionnel,
apparaît comme la
forme la plus
contemporaine et la plus
générale
de ces constructions
mémorielles : un
palais de mémoire
étendu aux
dimensions de l'ensemble
de l'humanité -
ou plus exactement d'une
partie. La
synthèse de
grandes quantités
d'informations sous
forme de paysages, la
navigation et l'action
dans ces paysages,
deviennent des enjeux
politiques, militaires,
économiques,
culturels,
esthétiques et
autres. On repassera par
quelques lieux
incontournables, variant
selon les contributions,
les heures, les
éclairages et les
trajectoires
d'accès ou de
départ : la
grand-place Frances
Yates, le relais de la
gare William-Gibson, le
théâtre
Giulio-Camillo,
l'église
Saint-Bruno
transformée en
cinéma vers 1895,
le tombeau de Simonide,
la bibliothèque
Jorge-Luis-Borges, le
musée
Warburg-Mnémosyne...
Nous sommes loin d'avoir
fini de dresser la
cartographie de ce
labyrinthe, au demeurant
mouvant. Le cyberespace
apparaît comme la
forme la plus
développée
du spectacle
contemporain.
Tendanciellement, son
centre est partout et sa
circonférence
nulle part. Seule
l'interactivité,
qui lui est
consubstantielle par
construction, garantira
peut-être à
l'internaute de devenir
autre chose qu'un
consommateur dont
l'être se
réduit à
un clic.
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